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Emmener les chevaux au paddock, ça vous coute combien ?

Pascal Frotiee, propriétaire gérant des Ecuries de Lisors à St Arnoult (14) juste à côté de Deauville prend des chevaux en pension depuis de nombreuses années. Ce professionnel du cheval ne cesse de se remettre en question dans ses pratiques au regard du bien-être de ses pensionnaires, de la pénibilité de son travail et de la rentabilité de son établissement. Il a fait la transition de l’hébergement individuel vers l’Ecurie Active en 2014-2015 et héberge aujourd’hui cinquante chevaux ensemble. Fervent promoteur d’un modèle qui concile bien-être des chevaux et confort de travail, Il a pris le temps d’étudier le temps qu’il économise à ne plus devoir rentrer et sortir les chevaux pour les amener du box au paddock et vis-versa tous les jours. Il nous partage ses conclusions.

 

Hébergement individuel VS collectif

L’hébergement individuel au box est aujourd’hui le plus répandu pour les chevaux de propriétaires en pensions comme pour les chevaux d’écoles d’équitation. Pour des raisons économiques, les poneys sont plus souvent gardés en groupe. Les effets délétères du confinement prolongé au box étant de plus en plus pointés du doigt par l’ensemble de la profession, la mise au paddock quotidienne des chevaux est devenue incontournable dans les écuries. Que les chevaux y passent la journée entière ou qu’ils se succèdent dans des paddocks n’y change rien. Le fait de devoir amener le cheval au parc puis aller le chercher pour le remettre au box consomment du temps de main d’œuvre et a donc un coût.

L’écurie de Pacal Frotiee s’est développée autour d’un bâtiment de stabulations qui est devenu le dortoir de l’écurie active. Autour de la zone stabilisée de l’écurie s’articulent une série de paddocks gérés en pâturage tournant de façon à utiliser l’herbe à volonté pour les chevaux aux besoins plus importants et de façon maitrisée pour les chevaux nécessitant une régulation de leur consommation.

Compter son temps

On dit toujours que dans le monde du cheval, il faut être passionné et ne pas compter ses heures. Pascal est passionné, ça ne fait pas le moindre doute, mais il a compté les heures.

Partant de l’hypothèse qu’auparavant il amenait les chevaux au parc par deux pour les lâcher ensemble, il a chronométré le temps nécessaire pour mettre un licol à deux chevaux pour les amener en main au parc, ouvrir la barrière, les lâcher puis revenir au bâtiment. Il héberge 50 chevaux donc ce temps est multiplié par 25 pour lâcher les 50 chevaux. Comme il faut les rentrer le soir, ce temps est donc multiplié par 2. Pascal est parti de l’hypothèse optimiste que tous les chevaux se laissent attraper docilement. Nous savons en réalité que c’est rarement le cas.

Les résultats sont compliés sur la carte ci-dessous. Sur chaque parcelle est mentionné le temps de travail quotidien nécessaire s’il devait y lâcher les chevaux hébergés au niveau du bâtiment.

On observe qu’en toute logique, plus le parc est éloigné, plus le temps nécessaire est important.

Ce temps est d’1h06 pour les parcs situés juste à la sortie du bâtiment, à seulement 35 m. Il passe rapidement à plus de 3h dès que la distance s’allonge un peu et va jusqu’à plus de 8h pour les parcelles les plus éloignées situées à 250 m du bâtiment soit la journée de travail entière.

S’il devait payer quelqu’un pour le faire à 10 € de l’heure. Cela couterait pour le parc situé à 35 m : 1h06 : 11 €/j ; soit 77 €/ semaine (7 jours), ce qui ferait sur un mois environ 310 €. Ce montant monterait pour la parcelle située à 350 m à 84 €/j, 585€/ semaine et 2338 € par mois, une charge que ne peut pas supporter une écurie sans pratiquer des prix de pension prohibitifs.

Parallèlement au temps passé, il faut considérer le risque que génère la manipulation simultanée de deux chevaux qui plus est si le trajet est long compte tenu du fait que les chevaux sortant du box sont soumis à l’effet rebond et ont tendance à s’exciter.

En plus de tous les bénéfices qu’apporte l’écurie active au bien-être des chevaux et à leur santé, la diminution du temps de travail a été, pour Pascal, un facteur de choix majeur pour l’écurie active. Evidemment, ce temps de travail n’est pas réduit à zéro puisqu’une surveillance quotidienne du troupeau est indispensable mais d’une part, il est réduit et d’autre part, il est bien plus agréable et épanouissant d’observer le troupeau et d’en comprendre le fonctionnement social que de faire des allers retours monotones.

 

Positionnement des parcs

Lorsque les chevaux sont hébergés au box la nuit et mis au pré ensemble le jour, il sera beaucoup plus approprié d’aménager les parcs les plus grands près de l’écurie car ils seront utilisés plus longtemps et réduiront ainsi le temps de travail annuel nécessaire à la mise au paddock mais ce paramètre dépend en général plus de la configuration du site et des parcelles que d’un réel choix de positionnement des clôtures.

Distance box/ paddock

L’hébergement collectif convient en réalité à beaucoup d’écuries. Il suffit que le groupe de chevaux soit stable et que la surface disponible soit suffisante (à partir de 10 m² de surface couverte et 100 m² de paddock par cheval). Il existe cependant un certain nombre d’activité équestres pour lesquelles un hébergement individuel est plus approprié. Dans ce cas, les constats précédents poussent à avoir une réflexion approfondie sur les distances à parcourir. L’idéal dans ce cas est d’aménager de façon à donner un accès direct du box vers le paddock avec un système de paddock terrasse ou équivalent.

Dans le cas où l’aménagement de paddocks terrasses ne sont pas envisageables, on veillera à aménager une distance minimale pour accéder aux paddocks. Pour ce faire, une configuration « en étoile », bien qu’un peu moins pratique pour l’entretien des prairies fait gagner beaucoup de temps par rapport à une configuration classique avec un couloir qui distribue des paddocks rectangulaires de chaque côté.

 

Économie de temps pour lâcher et rentrer 50 chevaux

Au final, une réflexion de fond s’impose sur la question de l’hébergement collectif ou plutôt sur l’hébergement individuel car il induit des coûts de main d’œuvre importants qui pénalisent la rentabilité des établissements équestres. A cela, il faut ajouter la pénibilité des tâches qu’il induit, la faible valeur ajoutée créée ainsi que la difficulté de pérenniser des emplois pour ces postes. Au fond, il faut se poser la question du Pourquoi de l’hébergement individuel : instabilité du groupe, peur des blessures, individualisation de l’alimentation ou parce que les écuries ont été conçues de cette façon et que l’on a simplement pas encore envisagé de fonctionner autrement.

 

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